La Gazette de Sorel a été le premier hebdomadaire publié dans cette ville – premier numéro est du jeudi 13 août 1857.Georges-Isidore Barthe en a été le fondateur et le principal rédacteur. Le prospectus dont nous reproduisons de larges extraits fait le point sur ce que sera la politique éditoriale et rédactionnelle de ce journal.
Prospectus de La Gazette de Sorel (vol. 1 no 1, le 13 août 1857, p. 2)
En venant ici fonder la Gazette de Sorel, nous n’entendons pas faire oeuvre locale ou personnelle. Voilà pourquoi nous déclarons en tête de cette feuille, qu’elle sera l’organe du District de Richelieu. Ainsi, quand La Gazette de Sorel donnera son opinion sur un sujet quelconque, ce ne sera pas seulement l’opinion du Rédacteur de la feuille, mais bien celle de la classe bien pensante de cette nouvelle division territoriale du Richelieu dont nous sommes déjà heureux d’être venu occuper un coin du sol. C’est dans cette pensée que nous avons sollicité la formation d’un comité de collaborateurs pour la nouvelle feuille, dont le nom sera toujours là, comme la sanction de la déclaration que nous venons de faire. (…)
Partant de là et fidèle à notre devoir, La Gazette de Sorel sera l’avocat des bonnes mesures tant pour le nouveau District que pour la pays en général. Ainsi, nous plaiderons en faveur de la construction d’une voie ferrée entre Sorel et Richmond, pour laquelle, déjà, grâce à l’énergie et à l’esprit d’entreprise nos hommes d’affaire une charte a été obtenue en 1854. Et après cette question d’entreprise de chemin de fer, nous posons de suite celle de la construction de quaies dans le St. Laurent près de l’entrée de la rivière Richelieu remettant à plus tard la discussion des grands avantagesqui résulteraient pour nous de ces deux mesures, de même que l’exposé des moyens d’arriver à réaliser ces deux projets dont nous entrevoyons déjà la réussite. Et qu’on ne nous reproche pas de viser de suite à la réalisation de trop grandes choses, car dans ce siècle où tout marche à la vapeur, Sorel et le District de Richelieu ne veulent pas rester en arrière et comme étrangers au progrès général. Et s’il existait, quant à cela l’ombre d’un doute, nous n’aurions à rappeler à nos lecteurs la formation de la belle et florissante ligne de bateaux-à-vapeur qui sillonnent le St-Laurent et dont la compagnie porte le beau nom de notre District parce que cette ligne est en grande partie son oeuvre! (…)
— Mais si nous sommes du District de Richelieu, nous sommes aussi du Canada. Voici donc en peu de mots et franchement la ligne de conduite politique que nous entendons suivre. En faisant comme nous l’avons dit, de La Gazette de Sorel L’ORGANE DU DISTRICT DE RICHELIEU, nous voulons que les opinions des habitants soient dépouillées de tout fanatisme politique, soient en dehors de toutes les cabales de coterie, planent au dessus des clameurs intéressées et soient libres comme le beau fleuve qui baigne nos terres et et coule majestueusement sous nos regards enchantés !
— C’est assez dire que les hommes sur qui nous aurons un jugement à porter, soit qu’ils forment déjà le pouvoir ou qu’ils désirent y arriver, c’est assez dire qu’il n’y aura pour nous que la valeur intrinsèque de leurs actions de consultée qui nous déterminera à leur accorder notre humble mais toujours sincère témoignage d’approbation ou de désapprobation.
C’est ainsi que nous approuvons et approuverons sincèrement le pouvoir, quand il gratifiera le pays de bonnes et importantes mesures comme celles de la descentralisation (sic) judiciaire, mesure depuis si longtemps désirée et demandée par la meilleure partie de notre population qui margré quelques défectuosités de détails contient un principe si plein de grands résultats pour notre pays. Nous approuverons et approuveront chaleureusement le pouvoir quand par de onnes mesures comme celle de la codification des lois, il fera sortir le pays du dédale inextricable dans lequel nos meilleures intelligences se perdent, mesure qui menée à bon terme sera la plus belle couronne du procureur-général du Bas-Canada.
Mais nous blâmerons le pouvoir et fortement, quand il gaspillera l’argent de notre pays au profit d’une compagnie d’étrangers qui n’a cessé depuis qu’elle existe de s’emplir le gousset en vidant le nôtre, grâce au nouveau système financier introduit en ce pays par M. Hincks qui consiste à payer pour des entreprises publiques dont la propriété appartient à des compagnies étrangères, système absurde et si malheureusement suivie (sic) depuis ce temps. Nous blâmerons encore le pouvoir quand il méconnaîtra les intérêts du Bas-Canada et aura l’air de ne pouvoir faire assez pour avancer ceux de la province-unie. Nos représentants dans le cabinet nous trouveront (sic) un adversaire ferme et constant, quand oubliant leur rôle naturel de protecteurs des intérêts du Bas-Canada, ils seront là, nouveaux grands-prêtres, ordonnant tranquillement le sacrifice des intérêts Bas-Canadiens en l’honneur du fanatisme national et religieux, de l’esprit d’envahissement de la province supérieure, eux que nous n’avons élevés si haut que pour être nos protecteurs et nos défenseurs naturels ! (…)
La presse est une tribune; on a même dit qu’elle était la grande tribune du XIXe siècle, il faut donc que celle-ci en monte les tréteaux soit non seulement capable d’y faire entendre sa voix, mais en soit digne ! Pour que les doctrines qu’il y prêche portent de bons fruits, il doit être sage, érudit et surtout honnête dans ses convictions; alors il opérera des mirâcles ! Nous croyons, nous, que de nos jours le levier d’Archimède est la presse et et que son point d’appui est l’intelligence de l’homme. Ainsi appuyée, la presse soulèvera le monde; mais gare aux malheureux qui s’en servent faussement et qui abusent de cette puissance ! …
Nous prendrons part aux grandes questions qui sont à l’ordre du jour dans notre pays; telle est celle de la Bais d’Hudson que nous tâcherons d’étudier de notre mieux au profit de nos lecteurs que nous tiendrons au courant des progrès qu’elle fera, après leur en avoir fait un exposé. Et nous accorderons aussi une sérieuse attention à la question si pleine de vitalité pour nous, Canadiens-français, de la confédération des provinces britanniques du nord, qui en ce moment fait l’objet des méditations des hommes de Downing Street. Dans cette question l’avenir de la nationalité canadienne-française est en jeu. (…)
(…) C’est ainsi que commençant la publication de La Gazette de Sorel une fois par semaine, nous entrevoyons déjà assez le succès qui nous attend pour prendre ici l’engagement de publier LA GAZETTE DE SOREL DEUX FOIS LA SEMAINE pendant la prochaine session du parlement. Nous publions hebdomadairement pour commencer, mais ce n’est qu’une mesure de prudence; les dépenses d’un nouvel établissement dans une place nouvelle étant toujours considérables comparativement aux revenus; mais nous ajouterons que nous publierons même trois fois la semaine dès que nos patrons en manifesteront le désir par l’encouragement qu’ils accorderont à la presse de La Gazette de Sorel.
SOURCES : La Gazette de Sorel, disponible pour consultation sur place à la Bibliothèque Nationale du Québec (Montréal – Grande bibliothèque)
GAZETTE de Sorel
La Gazette de Sorel a été le premier hebdomadaire publié dans cette ville – premier numéro est du jeudi 13 août 1857.Georges-Isidore Barthe en a été le fondateur et le principal rédacteur. Le prospectus dont nous reproduisons de larges extraits fait le point sur ce que sera la politique éditoriale et rédactionnelle de ce journal.
Prospectus de La Gazette de Sorel (vol. 1 no 1, le 13 août 1857, p. 2)
En venant ici fonder la Gazette de Sorel, nous n’entendons pas faire oeuvre locale ou personnelle. Voilà pourquoi nous déclarons en tête de cette feuille, qu’elle sera l’organe du District de Richelieu. Ainsi, quand La Gazette de Sorel donnera son opinion sur un sujet quelconque, ce ne sera pas seulement l’opinion du Rédacteur de la feuille, mais bien celle de la classe bien pensante de cette nouvelle division territoriale du Richelieu dont nous sommes déjà heureux d’être venu occuper un coin du sol. C’est dans cette pensée que nous avons sollicité la formation d’un comité de collaborateurs pour la nouvelle feuille, dont le nom sera toujours là, comme la sanction de la déclaration que nous venons de faire. (…)
Partant de là et fidèle à notre devoir, La Gazette de Sorel sera l’avocat des bonnes mesures tant pour le nouveau District que pour la pays en général. Ainsi, nous plaiderons en faveur de la construction d’une voie ferrée entre Sorel et Richmond, pour laquelle, déjà, grâce à l’énergie et à l’esprit d’entreprise nos hommes d’affaire une charte a été obtenue en 1854. Et après cette question d’entreprise de chemin de fer, nous posons de suite celle de la construction de quaies dans le St. Laurent près de l’entrée de la rivière Richelieu remettant à plus tard la discussion des grands avantagesqui résulteraient pour nous de ces deux mesures, de même que l’exposé des moyens d’arriver à réaliser ces deux projets dont nous entrevoyons déjà la réussite. Et qu’on ne nous reproche pas de viser de suite à la réalisation de trop grandes choses, car dans ce siècle où tout marche à la vapeur, Sorel et le District de Richelieu ne veulent pas rester en arrière et comme étrangers au progrès général. Et s’il existait, quant à cela l’ombre d’un doute, nous n’aurions à rappeler à nos lecteurs la formation de la belle et florissante ligne de bateaux-à-vapeur qui sillonnent le St-Laurent et dont la compagnie porte le beau nom de notre District parce que cette ligne est en grande partie son oeuvre! (…)
— Mais si nous sommes du District de Richelieu, nous sommes aussi du Canada. Voici donc en peu de mots et franchement la ligne de conduite politique que nous entendons suivre. En faisant comme nous l’avons dit, de La Gazette de Sorel L’ORGANE DU DISTRICT DE RICHELIEU, nous voulons que les opinions des habitants soient dépouillées de tout fanatisme politique, soient en dehors de toutes les cabales de coterie, planent au dessus des clameurs intéressées et soient libres comme le beau fleuve qui baigne nos terres et et coule majestueusement sous nos regards enchantés !
— C’est assez dire que les hommes sur qui nous aurons un jugement à porter, soit qu’ils forment déjà le pouvoir ou qu’ils désirent y arriver, c’est assez dire qu’il n’y aura pour nous que la valeur intrinsèque de leurs actions de consultée qui nous déterminera à leur accorder notre humble mais toujours sincère témoignage d’approbation ou de désapprobation.
C’est ainsi que nous approuvons et approuverons sincèrement le pouvoir, quand il gratifiera le pays de bonnes et importantes mesures comme celles de la descentralisation (sic) judiciaire, mesure depuis si longtemps désirée et demandée par la meilleure partie de notre population qui margré quelques défectuosités de détails contient un principe si plein de grands résultats pour notre pays. Nous approuverons et approuveront chaleureusement le pouvoir quand par de onnes mesures comme celle de la codification des lois, il fera sortir le pays du dédale inextricable dans lequel nos meilleures intelligences se perdent, mesure qui menée à bon terme sera la plus belle couronne du procureur-général du Bas-Canada.
Mais nous blâmerons le pouvoir et fortement, quand il gaspillera l’argent de notre pays au profit d’une compagnie d’étrangers qui n’a cessé depuis qu’elle existe de s’emplir le gousset en vidant le nôtre, grâce au nouveau système financier introduit en ce pays par M. Hincks qui consiste à payer pour des entreprises publiques dont la propriété appartient à des compagnies étrangères, système absurde et si malheureusement suivie (sic) depuis ce temps. Nous blâmerons encore le pouvoir quand il méconnaîtra les intérêts du Bas-Canada et aura l’air de ne pouvoir faire assez pour avancer ceux de la province-unie. Nos représentants dans le cabinet nous trouveront (sic) un adversaire ferme et constant, quand oubliant leur rôle naturel de protecteurs des intérêts du Bas-Canada, ils seront là, nouveaux grands-prêtres, ordonnant tranquillement le sacrifice des intérêts Bas-Canadiens en l’honneur du fanatisme national et religieux, de l’esprit d’envahissement de la province supérieure, eux que nous n’avons élevés si haut que pour être nos protecteurs et nos défenseurs naturels ! (…)
La presse est une tribune; on a même dit qu’elle était la grande tribune du XIXe siècle, il faut donc que celle-ci en monte les tréteaux soit non seulement capable d’y faire entendre sa voix, mais en soit digne ! Pour que les doctrines qu’il y prêche portent de bons fruits, il doit être sage, érudit et surtout honnête dans ses convictions; alors il opérera des mirâcles ! Nous croyons, nous, que de nos jours le levier d’Archimède est la presse et et que son point d’appui est l’intelligence de l’homme. Ainsi appuyée, la presse soulèvera le monde; mais gare aux malheureux qui s’en servent faussement et qui abusent de cette puissance ! …
Nous prendrons part aux grandes questions qui sont à l’ordre du jour dans notre pays; telle est celle de la Bais d’Hudson que nous tâcherons d’étudier de notre mieux au profit de nos lecteurs que nous tiendrons au courant des progrès qu’elle fera, après leur en avoir fait un exposé. Et nous accorderons aussi une sérieuse attention à la question si pleine de vitalité pour nous, Canadiens-français, de la confédération des provinces britanniques du nord, qui en ce moment fait l’objet des méditations des hommes de Downing Street. Dans cette question l’avenir de la nationalité canadienne-française est en jeu. (…)
(…) C’est ainsi que commençant la publication de La Gazette de Sorel une fois par semaine, nous entrevoyons déjà assez le succès qui nous attend pour prendre ici l’engagement de publier LA GAZETTE DE SOREL DEUX FOIS LA SEMAINE pendant la prochaine session du parlement. Nous publions hebdomadairement pour commencer, mais ce n’est qu’une mesure de prudence; les dépenses d’un nouvel établissement dans une place nouvelle étant toujours considérables comparativement aux revenus; mais nous ajouterons que nous publierons même trois fois la semaine dès que nos patrons en manifesteront le désir par l’encouragement qu’ils accorderont à la presse de La Gazette de Sorel.
SOURCES : La Gazette de Sorel, disponible pour consultation sur place à la Bibliothèque Nationale du Québec (Montréal – Grande bibliothèque)