Inauguré en 1882, le Chemin de fer Montréal – Sorel a connu des débuts difficiles et, pour des raisons à la fois financières, administratives et techniques, n’a pu être mis en opération sur une base régulière qu’au tournant du siècle, soit au moment de la mise en service du pont entre les deux rives du Richelieu (1896) et de ceux qui ont enjambé les rivières Yamaska (1901), Saint-François, etc.
Depuis le milieu des années 1990, la voie ferrée desservant Sorel a complètement été abandonnée, essentiellement en raison de la forte concurrence livrée à ce moyen de transport des marchandises par le transport routier et fluvial.
Les initiateurs du projet
MM. James Sherrand Armstrong, Cyrille Labelle, Alphonse Antoine Taillon, Christ. B. Carter, Charles Armstrong et quelques autres font application en 1881 à la Législature provinciale, et obtiennent une charte pour incorporer un nouveau chemin de fer sous le nom de Montréal et Sorel. (44 et 45 Vict., chap. 35.)
Les travaux sont entrepris immédiatement (le 15 août 1881). Le premier train parcours la ligne d’une extrimité à l’autre le 2 avril 1882. Le quotidien La Minerve du 3 avril 1882 fait état des attentes ainsi créées. En voici de larges extraits:
INAUGURATION DU CHEMIN DE FER DE MONTRÉAL À SOREL — Samedi, le 1er avril, il y avait juste neuf mois que la compagnie du chemin de fer de Montréal à Sorel sa charte du Parlement de Québec et ces neuf mois avaient suffi à construire quarante-cinq milles de voie ferrée de manière à permettre l’exploitation régulière de la ligne dès aujourd’hui.
C’est un résultat, croyons-nous, sans précédent dans l’histoire des chemins de fer canadiens et la compagnie mérite certainement les plus chaleureuses félicitations pour cette preuve extraordinaire d’énergie.
Il fut un temps où il fallait compter sur les étrangers pour accomplir ces travaux.Aujourd’hui nous trouvons dans ce pays des ingénieurs, des entrepreneurs et des capitalistes à la hauteur des entreprises importantes.
Au nombre de ces messieurs, il faut placer en première ligne M. Charles Armstrong, dont l’énergie indomptable, la hardiesse de conception et la puissance d’exécution ne laissent rien à désirer. Il a été l’âme de cette brillante entreprise, et à lui d’abord revient le mérite de ce grand succès. Il a été vaillamment secondé par M. Massie, l’ingénieur en chef.
Ces messieurs inauguraient, samedi, la ligne de Montréal à Sorel, accompagnés d’un certain nombre d’amis de l’entreprise parmi lesquels nous avons remarqué MM. John Rankin, E. L. Carter, J. J. Turnbull, M. Smith, J. F. Armstrong, I. A. Globensky, C. Richot, J. M. Shanly, etc.
A huit heures et demi, le convoi partait de la gare Bonaventure au milieu des acclamations. A Saint-Lambert, à Longueuil, à Boucherville, des groupes nombreux saluaient le passage du premier départ pour Sorel. (…)
A Verchères nous rencontrons le convoi venu de Sorel. Aux appels bruyants des deux locomotives accourt la population et en présence d’une assemblée nombreuse et, au bruit d’une fusillade retentissante, le surintendant, l’ingénieur en chef, le directeur-gérant et M. Rankin, le vice-président de la compagnie posent les quatre derniers clous qui complètent la construction du chemin. (…)
Au nom des propriétaires du comté, M. Perreault remercie chaleureusement la compagnie d’avoir doté les paroisses riveraines de Montréal à Sorel, d’une voie ferrée qui ne laisse rien à désirer. Déjà l’influence de cette nouvelle voie de communication se fait sentir. La propriété a augmenté de valeur, de nouvelles industries vont être créées et les produits encombrants de l’agriculture trouveront un débouché facile.
C’est la prospérité pour tous et pour la compagnie qui sera la première à bénéficier des transports considérables qui ne manqueront pas d’affluer entre Sorel et Montréal. (…)
Il était une heure lorsque les invités arrivèrent chez M. Armstrong, à Sorel, où les attendait un dîner qui ne laissait absolument rien à désirer. Les principaux citoyens de la ville étaient de la partie.
A trois heures et demie le convoi reprenait le chemin de Montréal et arrivait à Saint-Lambert à 6 heures. (…)
La faillite du projet
Passé l’enthousiasme du début, plusieurs problèmes commencèrent à poindre. Ainsi, l’hiver, faute de moyens adéquats pour dégager la voie, le service se trouvait interrompu. Il en allait de même dans la période de dégel, en raison des inondations. D’importants problèmes financiers en découlèrent.
En 1885, le gouvernement fédéral accorda un subside de 1 600 $ par mille, soit 72 000 $ pour terminer le chemin. En 1887, le gouvernement provincial de Québec imita cet exemple et accorda à son tour 2 500 $ par mille, soit environ 112 000 $. Malgré l’exécution de certains travaux et l’achat de matériel roulant, ce chemin dût être momentanément abandonné en octobre 1888.
SOURCES : Alexandre Jodoin et Joseph Louis Vincent, Histoire de Longueuil et de la famille Longueuil, Montréal, 1889, 719 p., disponible en texte intégral sur le site Notre Mémoire en ligne — Azarie Couillard-Després, Histoire de Sorel de ses origines à nos jours (1926) — Le quotidien La Minerve (3 avril 1882, p. 3), disponible sur le site de la Bibilothèque nationale du Québec.
CHEMIN de fer Montréal-Sorel
Inauguré en 1882, le Chemin de fer Montréal – Sorel a connu des débuts difficiles et, pour des raisons à la fois financières, administratives et techniques, n’a pu être mis en opération sur une base régulière qu’au tournant du siècle, soit au moment de la mise en service du pont entre les deux rives du Richelieu (1896) et de ceux qui ont enjambé les rivières Yamaska (1901), Saint-François, etc.
Depuis le milieu des années 1990, la voie ferrée desservant Sorel a complètement été abandonnée, essentiellement en raison de la forte concurrence livrée à ce moyen de transport des marchandises par le transport routier et fluvial.
Les initiateurs du projet
MM. James Sherrand Armstrong, Cyrille Labelle, Alphonse Antoine Taillon, Christ. B. Carter, Charles Armstrong et quelques autres font application en 1881 à la Législature provinciale, et obtiennent une charte pour incorporer un nouveau chemin de fer sous le nom de Montréal et Sorel. (44 et 45 Vict., chap. 35.)
Les travaux sont entrepris immédiatement (le 15 août 1881). Le premier train parcours la ligne d’une extrimité à l’autre le 2 avril 1882. Le quotidien La Minerve du 3 avril 1882 fait état des attentes ainsi créées. En voici de larges extraits:
INAUGURATION DU CHEMIN DE FER DE MONTRÉAL À SOREL — Samedi, le 1er avril, il y avait juste neuf mois que la compagnie du chemin de fer de Montréal à Sorel sa charte du Parlement de Québec et ces neuf mois avaient suffi à construire quarante-cinq milles de voie ferrée de manière à permettre l’exploitation régulière de la ligne dès aujourd’hui.
C’est un résultat, croyons-nous, sans précédent dans l’histoire des chemins de fer canadiens et la compagnie mérite certainement les plus chaleureuses félicitations pour cette preuve extraordinaire d’énergie.
Il fut un temps où il fallait compter sur les étrangers pour accomplir ces travaux.Aujourd’hui nous trouvons dans ce pays des ingénieurs, des entrepreneurs et des capitalistes à la hauteur des entreprises importantes.
Au nombre de ces messieurs, il faut placer en première ligne M. Charles Armstrong, dont l’énergie indomptable, la hardiesse de conception et la puissance d’exécution ne laissent rien à désirer. Il a été l’âme de cette brillante entreprise, et à lui d’abord revient le mérite de ce grand succès. Il a été vaillamment secondé par M. Massie, l’ingénieur en chef.
Ces messieurs inauguraient, samedi, la ligne de Montréal à Sorel, accompagnés d’un certain nombre d’amis de l’entreprise parmi lesquels nous avons remarqué MM. John Rankin, E. L. Carter, J. J. Turnbull, M. Smith, J. F. Armstrong, I. A. Globensky, C. Richot, J. M. Shanly, etc.
A huit heures et demi, le convoi partait de la gare Bonaventure au milieu des acclamations. A Saint-Lambert, à Longueuil, à Boucherville, des groupes nombreux saluaient le passage du premier départ pour Sorel. (…)
A Verchères nous rencontrons le convoi venu de Sorel. Aux appels bruyants des deux locomotives accourt la population et en présence d’une assemblée nombreuse et, au bruit d’une fusillade retentissante, le surintendant, l’ingénieur en chef, le directeur-gérant et M. Rankin, le vice-président de la compagnie posent les quatre derniers clous qui complètent la construction du chemin. (…)
Au nom des propriétaires du comté, M. Perreault remercie chaleureusement la compagnie d’avoir doté les paroisses riveraines de Montréal à Sorel, d’une voie ferrée qui ne laisse rien à désirer. Déjà l’influence de cette nouvelle voie de communication se fait sentir. La propriété a augmenté de valeur, de nouvelles industries vont être créées et les produits encombrants de l’agriculture trouveront un débouché facile.
C’est la prospérité pour tous et pour la compagnie qui sera la première à bénéficier des transports considérables qui ne manqueront pas d’affluer entre Sorel et Montréal. (…)
Il était une heure lorsque les invités arrivèrent chez M. Armstrong, à Sorel, où les attendait un dîner qui ne laissait absolument rien à désirer. Les principaux citoyens de la ville étaient de la partie.
A trois heures et demie le convoi reprenait le chemin de Montréal et arrivait à Saint-Lambert à 6 heures. (…)
La faillite du projet
Passé l’enthousiasme du début, plusieurs problèmes commencèrent à poindre. Ainsi, l’hiver, faute de moyens adéquats pour dégager la voie, le service se trouvait interrompu. Il en allait de même dans la période de dégel, en raison des inondations. D’importants problèmes financiers en découlèrent.
En 1885, le gouvernement fédéral accorda un subside de 1 600 $ par mille, soit 72 000 $ pour terminer le chemin. En 1887, le gouvernement provincial de Québec imita cet exemple et accorda à son tour 2 500 $ par mille, soit environ 112 000 $. Malgré l’exécution de certains travaux et l’achat de matériel roulant, ce chemin dût être momentanément abandonné en octobre 1888.
SOURCES : Alexandre Jodoin et Joseph Louis Vincent, Histoire de Longueuil et de la famille Longueuil, Montréal, 1889, 719 p., disponible en texte intégral sur le site Notre Mémoire en ligne — Azarie Couillard-Després, Histoire de Sorel de ses origines à nos jours (1926) — Le quotidien La Minerve (3 avril 1882, p. 3), disponible sur le site de la Bibilothèque nationale du Québec.