Charles-Stephen GORE

Officier, né le 26 décembre 1793, fils d’Arthur Saunders Gore, 2e comte d’Arran, et d’Elizabeth Underwood ; il se maria le 13 mai 1824 avec Sarah Rachel, fille de James Fraser, conseiller législatif de la Nouvelle-Écosse, et ils eurent six enfants ; décédé à Londres le 4 septembre 1869.

Pendant l’insurrection de 1837, après presque 20 ans de service, Gore joua un rôle marquant et plutôt sujet à controverse. Désigné par le commandant des troupes, sir John Colborne, pour mener une expédition contre les villages dissidents de Saint-Denis et Saint-Charles situés à une vingtaine de milles à l’est de Montréal sur la rivière Richelieu, il arriva à Sorel à bord d’un vapeur le 22 novembre, accompagné d’un shérif adjoint pour représenter l’autorité publique. Gore disposait d’une colonne d’infanterie formée de quatre compagnies des 24e et 32e régiments, d’un petit détachement d’artillerie possédant un obusier et d’une troupe plutôt symbolique de la Royal Montreal Cavalry connue également sous le nom de Montreal Volunteer Cavalry. Il devait marcher sur Saint-Denis, quartier général du docteur Wolfred Nelson, l’un des chefs insurgés les plus efficaces, tandis que le lieutenant-colonel George Augustus Wetherall partait du fort Chambly et marchait vers le nord sur Saint-Charles.

De Sorel à Saint-Denis

En dépit de la pluie verglaçante et des routes quasiment impraticables, Gore décida d’avancer pendant la nuit afin de surprendre l’adversaire, et, à dix heures du soir, sa mince colonne, renforcée alors par deux compagnies du 66e régiment, était en route. C’est ainsi qu’il manqua un courrier, le lieutenant George Weir du 32e régiment, qui avait été envoyé par Colborne avec des ordres urgents pour son commandant de campagne d’attendre des renforts, ou bien, au cas où la bataille serait engagée, de se replier si les forces de l’adversaire étaient supérieures. Pour éviter les insurgés qu’il pensait rencontrer à Saint-Ours, Gore prit une petite route à l’intérieur des terres, et la troupe britannique au bord de l’épuisement n’atteignit pas Saint-Denis avant presque dix heures du matin le 23 novembre, au moment même où le lieutenant Weir, qui avait été arrêté pendant la nuit, était sadiquement assassiné près de la sortie sud du village. Les hommes de Nelson – qui devaient être environ 700 mais dont seulement 120 à peu près possédaient des armes à feu de tout genre – étaient sur le qui-vive et lui bloquaient la route à partir de deux gros édifices en pierre et d’une puissante barricade. Bien qu’il n’eût pas plus de 300 hommes, Gore passa à l’attaque. À trois heures de l’après-midi, cependant, son infanterie se trouvait dans un état d’infériorité, son obusier s’était avéré inutile, les munitions commençaient à manquer dangereusement, le ravitaillement était inexistant et il avait quelque 22 morts et blessés. D’autre part, George-Étienne Cartier venait juste de traverser le Richelieu avec des renforts de 100 hommes bien armés et Nelson avait aussitôt donné l’ordre de contre-attaquer.

Les Britanniques vaincus se traînèrent péniblement dans Sorel le 25 novembre, jour de la victoire de Wetherall à Saint-Charles. Gore partit tard dans la même journée pour Montréal, mais dans la soirée du 30, il était de retour à Sorel pour une seconde attaque contre Saint-Denis, avec ses troupes originales renforcées par cinq compagnies supplémentaires, trois du 32e régiment, une du 24e et une du 83e, deux canons et douze cavaliers de la Royal Montreal Cavalry. Le samedi 2 décembre, il entra dans Saint-Denis sans rencontrer d’opposition. Il s’ensuivit deux journées de recherches infructueuses, de mise à sac et à feu, et, le dimanche soir, quelque 50 édifices avaient été apparemment saccagés ou détruits. D’après un témoin digne de confiance, le lieutenant E. Montagu Davenport, les troupes régulières avaient reçu l’ordre de détruire la propriété de ceux qu’on savait être des insurgés, mais Gore avait formellement interdit le pillage, et un factionnaire patrouillait les rues pour veiller à ce que l’ordre soit respecté. Néanmoins les troupes devinrent incontrôlables, et de nombreuses maisons furent détruites pour le simple plaisir de la chose, ou du moins mises à feu. Tandis que la distillerie du docteur Nelson était démolie, nota Davenport, les maisons longeant la route vers Saint-Ours furent incendiées volontairement et sans discrimination, ce qu’il considéra comme un acte de vengeance de la part des volontaires.

De bonne heure le 4 décembre, Gore partit pour Saint-Hyacinthe à la recherche de Louis-Joseph Papineau et d’autres chefs insurgés. Plus tard dans la même journée, on découvrit à Saint-Denis le corps affreusement mutilé du lieutenant Weir. Deux jours après, Gore s’achemina vers Sorel, laissant trois compagnies en garnison à Saint-Denis, et il retourna à Montréal le 7 décembre avec le 32e régiment qui portait le corps de Weir.

SOURCES : Extrait d’un texte de John W. Spurr, dans le Dictionnaire biographique du Canada – Voir aussi le site Les Patriotes de 1837-1838.