Pendant le seconde guerre mondiale (1939-1945), cinq camps d’internement furent créés sur la rive sud du Saint-Laurent pour l’incarcération des hommes de descendance allemande. Il s’agit des camps de Farnham, de Grande Ligne (aujourd’hui Saint-Blaise-sur-Richelieu), de l’Île-aux-Noix, de Sherbrooke Newington et de Sorel. Leur fonction était de neutraliser toute menace potentielle à la défense du Canada. Au total, pour l’ensemble du Canada, 40 000 allemands seront internés dans ces camps, dont 850 canadiens de descendance allemande et plus de 39 000 prisonniers de guerre.
À la différence des autres camps d’internement du sud du Québec, le camp no. 45 Sorel n’a été opérationnel qu’à la toute fin de la guerre. Les premiers « pensionnaires » sont arrivés en juin 1945, soit quelques semaines après la capitulation allemande du 8 mai de la même année. Ses opérations se sont terminées en avril 1946.
Un camp de rééducation
C’est que le camp de Sorel, créé à l’initiative du Psychological Warfare Committee de l’Armée canadienne, avait pour mission spécifique de voir à la ré-éducation des prisonniers de guerre allemands sélectionnés sur une base volontaire parmi ceux qui étaient jugés avoir subi une faible contamination à l’idéologie Nazie. Ils étaient destinés à être rapidement rapatriés en Allemagne pour servir à la cause Alliée.
Plutôt que de travailler, comme le faisaient les prisonniers des autres camps, ceux de Sorel « étudiaient ». Ils apprenaient notamment à produire des films, des émissions de radio et différents documents écrits susceptibles de faire accepter la propagande Alliée dans les camps d’internement au Canada et pour diffusion auprès de la population en Allemagne. Dans un ouvrage remarquable sur le sujet (voir la section sources de cette fiche), l’historien Martin F. Auger précise que:
«The production of the re-educational material was coordinated by the camp’s Counter Propaganda Committee. It was formed « with the object of producing (German written) literature, mainly in form of pamphlets, which will on one hand refute Nazi ideology and attitudes in various fields and on the other hand produce material designed to help in mental and moral reeducation. These pamphlets are to be sent to all internment camps in Canada. » This committee was divided in a number of sub-committees which werw « headed by experts in the fields they attempted to cover. The following sub-committees werw established: law, history, theology, racial theories, forestry, agriculture, economics, education, and « a special section to combat Nazi slogans ». The re-educational material produced in Camp Sorel was quite diversified and also led to the establishment of radio broadcast sections, press sections, film sections, and even a committee for the reconstruction and rehabilitation of Germany.»
(…)
« To facilitate the preparation of re-educational material, Canadian authorities provided Sorel inmates with special literature. In most cases, volumes illustrating democratic attitudes, experiences or governemental methods were chosen. Furthermore, unlike other Canadian internment camps, prisoners were given the opportunity to access National Socialist propaganda and books addressing Nazi issues. This was done because the bulk of the Sorel prisoners were known to be staunch anti-Nazis. (pages 160-161 et 162) »
Parmi les publications produites au camp de Sorel, on peut citer:
l’hebdomadaire Bruecke Zur Heitmat, semblable au Reader’s Digest;
l’hebdomadaire Nachrichten, consacré à l’actualité;
le Historische Rundbriefe, un cahier abordant différents aspects de l’histoire allemande.
Les cinq camps d’internement du sud du québec
À l’ouverture du camp d’internement No. 45 de Sorel, la population carcérale était de 121 personnes; elle culmina à 232 en octobre de la même année. Au moment du départ des derniers prisonniers, la population du camp s’établissait à 184 personnes. Par comparaison:
La population du camp No. 40 de Farnham passa de 530 personnes à l’ouverture en octobre 1940 à 657 en octobre et novembre 1944. Juste avant le départ des derniers prisonniers allemands, en mai 1946, la population du camp de Farnham était de 733 personnes.
Le camp No. 41 de l’Île-aux-Noix, 273 prisonniers à l’ouverture en juillet 1940, 374 en juin 1941, puis 42 à la fermeture, en novembre 1943;
Le camp No. 42 de Sherbrooke, 618 prisonniers à l’ouverture, en octobre 1940, 677 entre août et octobre 1943, puis 362 à la fermeture, en juin 1946;
Le camp No. 44 de Grande Ligne (Saint-Blaise-sur-Richelieu), 464 prisonniers à l’ouverture, en juin 1943, 718 entre mai et août 1944, puis 239 à la fermeture, en avril 1946.
Les noms de trois militaires canadiens sont directement associés au camp No. 45 de Sorel. MM. B. B. W. Minard et L. L. Brunton, tous deux ayant été « camp commandant » et R. G. Wygard, auteur de plusieurs rapports sur l’organisation de ce camp.
sources : Martin F. Auger, Prisoners of the Home Front : A social study of the German Internment Camps of Southern Quebec, 1940 – 1946, Ottawa U., 2000, 226 pages. Disponible en texte intégral sur le Web à l’adresse du site-portail Thèses Canada. — Voir aussi, Yves Bernard et Caroline Bergeron, Trop loin de Berlin : Les prisonniers allemands au Canada (1939 – 1946), Sillery, Éditions du Septentrion, 1995, 358 pages.
Camp d’internement allemand de Sorel
Pendant le seconde guerre mondiale (1939-1945), cinq camps d’internement furent créés sur la rive sud du Saint-Laurent pour l’incarcération des hommes de descendance allemande. Il s’agit des camps de Farnham, de Grande Ligne (aujourd’hui Saint-Blaise-sur-Richelieu), de l’Île-aux-Noix, de Sherbrooke Newington et de Sorel. Leur fonction était de neutraliser toute menace potentielle à la défense du Canada. Au total, pour l’ensemble du Canada, 40 000 allemands seront internés dans ces camps, dont 850 canadiens de descendance allemande et plus de 39 000 prisonniers de guerre.
À la différence des autres camps d’internement du sud du Québec, le camp no. 45 Sorel n’a été opérationnel qu’à la toute fin de la guerre. Les premiers « pensionnaires » sont arrivés en juin 1945, soit quelques semaines après la capitulation allemande du 8 mai de la même année. Ses opérations se sont terminées en avril 1946.
Un camp de rééducation
C’est que le camp de Sorel, créé à l’initiative du Psychological Warfare Committee de l’Armée canadienne, avait pour mission spécifique de voir à la ré-éducation des prisonniers de guerre allemands sélectionnés sur une base volontaire parmi ceux qui étaient jugés avoir subi une faible contamination à l’idéologie Nazie. Ils étaient destinés à être rapidement rapatriés en Allemagne pour servir à la cause Alliée.
Plutôt que de travailler, comme le faisaient les prisonniers des autres camps, ceux de Sorel « étudiaient ». Ils apprenaient notamment à produire des films, des émissions de radio et différents documents écrits susceptibles de faire accepter la propagande Alliée dans les camps d’internement au Canada et pour diffusion auprès de la population en Allemagne. Dans un ouvrage remarquable sur le sujet (voir la section sources de cette fiche), l’historien Martin F. Auger précise que:
«The production of the re-educational material was coordinated by the camp’s Counter Propaganda Committee. It was formed « with the object of producing (German written) literature, mainly in form of pamphlets, which will on one hand refute Nazi ideology and attitudes in various fields and on the other hand produce material designed to help in mental and moral reeducation. These pamphlets are to be sent to all internment camps in Canada. » This committee was divided in a number of sub-committees which werw « headed by experts in the fields they attempted to cover. The following sub-committees werw established: law, history, theology, racial theories, forestry, agriculture, economics, education, and « a special section to combat Nazi slogans ». The re-educational material produced in Camp Sorel was quite diversified and also led to the establishment of radio broadcast sections, press sections, film sections, and even a committee for the reconstruction and rehabilitation of Germany.»
(…)
« To facilitate the preparation of re-educational material, Canadian authorities provided Sorel inmates with special literature. In most cases, volumes illustrating democratic attitudes, experiences or governemental methods were chosen. Furthermore, unlike other Canadian internment camps, prisoners were given the opportunity to access National Socialist propaganda and books addressing Nazi issues. This was done because the bulk of the Sorel prisoners were known to be staunch anti-Nazis. (pages 160-161 et 162) »
Parmi les publications produites au camp de Sorel, on peut citer:
l’hebdomadaire Bruecke Zur Heitmat, semblable au Reader’s Digest;
l’hebdomadaire Nachrichten, consacré à l’actualité;
le Historische Rundbriefe, un cahier abordant différents aspects de l’histoire allemande.
Les cinq camps d’internement du sud du québec
À l’ouverture du camp d’internement No. 45 de Sorel, la population carcérale était de 121 personnes; elle culmina à 232 en octobre de la même année. Au moment du départ des derniers prisonniers, la population du camp s’établissait à 184 personnes. Par comparaison:
La population du camp No. 40 de Farnham passa de 530 personnes à l’ouverture en octobre 1940 à 657 en octobre et novembre 1944. Juste avant le départ des derniers prisonniers allemands, en mai 1946, la population du camp de Farnham était de 733 personnes.
Le camp No. 41 de l’Île-aux-Noix, 273 prisonniers à l’ouverture en juillet 1940, 374 en juin 1941, puis 42 à la fermeture, en novembre 1943;
Le camp No. 42 de Sherbrooke, 618 prisonniers à l’ouverture, en octobre 1940, 677 entre août et octobre 1943, puis 362 à la fermeture, en juin 1946;
Le camp No. 44 de Grande Ligne (Saint-Blaise-sur-Richelieu), 464 prisonniers à l’ouverture, en juin 1943, 718 entre mai et août 1944, puis 239 à la fermeture, en avril 1946.
Les noms de trois militaires canadiens sont directement associés au camp No. 45 de Sorel. MM. B. B. W. Minard et L. L. Brunton, tous deux ayant été « camp commandant » et R. G. Wygard, auteur de plusieurs rapports sur l’organisation de ce camp.
sources : Martin F. Auger, Prisoners of the Home Front : A social study of the German Internment Camps of Southern Quebec, 1940 – 1946, Ottawa U., 2000, 226 pages. Disponible en texte intégral sur le Web à l’adresse du site-portail Thèses Canada. — Voir aussi, Yves Bernard et Caroline Bergeron, Trop loin de Berlin : Les prisonniers allemands au Canada (1939 – 1946), Sillery, Éditions du Septentrion, 1995, 358 pages.